La une du quotidien est-allemand Neues Deutschland, organe officiel du parti socialiste unifié (communiste) à l'occasion du vol de Gagarine, le premier vol habité dans l'espace en avril 1961. Il salue « un exploit sans exemple au service de la paix et du progrès de l'humanité » et proclame « nous sommes fiers de nos amis ». Le vol de Gagarine, élément de prestige mondial pour l'URSS, contribuait donc aussi à la cohésion idéologique du bloc soviétique, comme symbole de puissance et de supériorité scientifique et technique. Photo : © AKG Images.

 

Terminales géopolitiques

Thème 1 – De nouveaux espaces de conquête

 

Axe 1 | Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités.

 

Le 5 février 1962, John F. Kennedy reçoit l'astronaute John Glenn, sélectionné pour être le premier américain dans l'espace, à la Maison Blanche. Le 20 février, Glenn accomplit le premier vol orbital américain, dix mois après le Soviétique Youri Gagarine.

A. Les enjeux géopolitiques d’une conquête : la course à l’espace des années 1950 à l’arrivée de nouveaux acteurs (Chine, Inde, entreprises privées…).

1. Les débuts de la course à l’espace pendant la Guerre froide

❑ 1957 : l’URSS met en orbite Spoutnik, le 1er satellite artificiel (une simple sphère avec des antennes et un émetteur). Le choc est rude pour les Américains, car la capacité de mettre en orbite un satellite laisse penser que l’URSS a aussi celle de lancer des missiles intercontinentaux (ICBM). La technologie est très semblable.

❑ 1961 : l’URSS met le premier cosmonaute en orbite autour de la Terre. Un succès technologique, mais aussi de propagande : un communiste a été le premier être humain dans l’espace. Dès 1962, Valentina Terechkova, la 1re femme cosmonaute vole en orbite.

❑ un énorme enjeu de puissance, puisque lié aux fusées comme vecteurs nucléaires, mais aussi à l’image des États-Unis et de l’Union soviétique. Gagarine a volé en avril 61. Dès Mai 61, les E-U réalisent un vol spatial minimaliste, avec Shepard. Kennedy annonce alors l’intention d’envoyer des hommes sur la Lune avant la fin de la décennie. Le prestige de chaque puissance était en jeu.

❑ Le vol de Gagarine vu par le journal communiste est-allemand Neues Deutschland (ci-dessus) :

❑ les Américains démontrent ensuite leur supériorité technologique et aussi celle de leurs moyens, avec le succès du programme Apollo. En juillet 1969, Neil Armstrong marche sur la Lune. Les missions d’exploration lunaire s’étalent de 1969 à 1972. Malgré l’accident d’Apollo XIII (1970), le sauvetage réussi de l’équipage apparaît comme un grand succès. Dès 1972, Nixon annule les trois derniers vols Apollo. Dès 1969, le programme lunaire soviétique avait échoué. Ensuite, les programmes spatiaux se recentrent sur l’orbite proche de la Terre, avec des satellites et des stations spatiales.

❑ Les E-U mettent alors en service les navettes spatiales (1981-2011), avec deux accidents (Challenger en 1986, Columbia en 2003). – L’URSS met en orbite la station Mir (1986-1996), qui cesse de fonctionner après la fin de la GF. Les Russes ont acquis de l’expérience ds l’occupat° permanente de l’espace.

❑ Enjeux ppaux des satellites : reconnaissance /espionnage ; les télécommunications et la géolocalisation.

2. L’espace aujourd’hui : quels changements ?

❑ la permanence des enjeux de puissance ds l’espace.

❑ de nouveaux acteurs : en premier lieu la Chine qui lance son premier taïkonaute en 2003 (avec plusieurs décennies de retard sur Gagarine). Mais depuis 2019, la Chine a sa propre station spatiale (elle est exclue de l’ISS). Elle a un programme d’exploration lunaire et compte envoyé des taïkonautes sur la Lune d’ici 2030 (d’où les efforts des Américains pour les devancer).

❑ d’autres États se sont dotés de capacités spatiales : par exemple le Japon, les Européens (F, D, UK, I, etc.), mais aussi l’Inde, Israël… et même les deux Corées.

❑ aux E-U, l’organisation a changé avec l’émergence du “New Space” : des entreprises privées comme Space X, Blue Origin, jugées plus réactives que la NASA (créée en 1958).

lundi 30 mars 2026

La navette non-pilotée X-37B de l'United States Space Force existe en deux exemplaires. Ces appareils effectuent des missions militaires de longue durée qui sont classifiées. On suppose que la dernière en date – la photo montre l'engin à l'atterrissage après un vol de 484 jours le 7 mars 2026 – a été consacrée, entre autres, à des manœuvres hypersoniques sur des orbites irrégulières, permettant de tester des solutions techniques pour des armes offensives ou, au contraire, pour la défense antimissile. Dans tous les cas, c'est un exemple de militarisation de l'espace, en contradiction, sinon avec le traité conclu en 1967, du moins avec son esprit.

❑ Le New Space fonctionne principalement avec de l’argent public (et accessoirement avec les revenus de ses lanceurs Falcon potentiellement rentables). Les acteurs privés sont les milliardaires de la haute technologie comme Elon Musk et Jeff Bezos. Parallèlement, on a des entreprises aérospatiales comme Boeing et Lockheed-Martin, d’anciens partenaires de la NASA.

❑ des succès inégaux : succès pour les lanceurs réutilisables Falcon, les capsules Dragon / Crew Dragon de Space X ; mise au point difficile pour la fusée géante Starship.

❑ Succès important : la constellation de satellites StarLink, qui est elle aussi potentiellement rentable, et qui a joué un rôle important dans le conflit russo-ukrainien (donnant à un homme, Elon Musk, un rôle personnel inattendu).

❑ d’autres États deviennent aussi des acteurs de 1er plan, notamment la Chine.

Le 2 mars 2026, Emmanuel Macron prononce un discours à l'Île Longue, base de la Force océanique stratégique française. Il y affirme la permanence de la stratégie nationale de dissuasion et annonce la mise en serive à partir de 2036 d'une troisième génération de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE), précisant que le premier des quatre prévus s'appellera L'Invincible.

B. Affirmer sa puissance à partir des mers et des océans : la dissuasion nucléaire et les forces de projection maritimes.

➣ Il s’agit des enjeux de puissance liés à la mer, dont la dissuasion nucléaire est un exemple actuel : les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins balistiques sont les vecteurs les plus crédibles de la dissuasion.

❑ La projection de forces consiste en l’envoi de forces navales, aéronavales (porte-avions) ou encore amphibies (moyens de débarquement), permettant d’agir depuis la mer.

➪ le texte de l'amiral James Stavridis à propos de la stratégie navale d’Alfred Mahan (1840-1914), auteur d’un traité (1890) sur la puissance maritime : Mahan est le Clausewitz de la mer, le stratège de la guerre sur mer.

mercredi 1er avril 2026.

FEUILLETER EN LIGNE : Le numéro 9 de la revue Vortex de l'Armée de l'air et de l'espace (France), « L'espace : un nouveau théâtre de conflictualités ? ».

La Terre vue du vaisseau spatial Orion, photographiée par l'astronaute Reid Wiseman, commandant de la mission Artemis 2 en route pour la Lune le 3 avril 2026. © NASA.

mercredi 8 avril 2026

LIRE : « les racines du "navalisme" de Theodore Roosevelt », en anglais sur le site de la revue de l'école navale des États-Unis.
La page du Département d'État consacrée à Mahan.
Et un article de l'historien François Caron dans la revue Stratégique : « De la maîtrise de la mer ».

 

 

Caricature américaine ironisant sur la formule de Theodore Roosevelt : “speak softly and carry a big stick”. après la guerre hispano-américaine de 1898, à laquelle Theodore Roosevelt avait personnellement participé. Ce dernier, qui avait commencé sa carrière d'homme d'État au ministère de la Marine, fit du renforcement de la puissance navale une priorité de son administration. Ce dessin représente l'impérialisme américain en Amérique centrale et dans les Caraïbes.

Remarques :

❑ la conquête de l’espace a suivi le calendrier de la Guerre froide :

❑ la puissance maritime : un enjeu permanent, en particulier pour ce qui concerne la liberté de navigation. Ex : l’Iran est capable de bloquer le détroit d’Ormuz et de mettre en difficulté l’économie mondiale. Malgré la supériorité de l’US Navy, celle-ci ne dispose pas d’une suprématie (la capacité de s’imposer partout de manière décisive). C’est un mélange de menace d’utilisation de la force aérienne et de diplomatie qui a permis la réouverture (précaire) du détroit. Aucun navire américain de surface de fort tonnage ne s’est aventuré dans le Golfe Persique, où les missiles ou drones iraniens pourraient facilement les atteindre. C’est un déni d’accès (access denial), situation qui pourrait aussi se présenter en Mer de Chine du Sud. L’autre point faible est la capacité des chantiers navals américains, qui peinent à conjuguer constructions neuves et maintenance, avec des délais allongés. Ils manquent d’infrastructures et de personnel qualifié. Les E-U semblent avoir négligé les conseils de Mahan.