La fusée lunaire SLS (Space Launch System) de la NASA de la mission Artemis 2 décolle de Cap Kennedy le 2 avril 2026. C'est le premier vol habité vers la Lune depuis Apollo 17 en 1972, au temps de la Guerre froide. Les progrès spatiaux de la Chine sont l'une des raisons qui expliquent la reprise de vols habités américains vers la Lune, peut-être ensuite (c'est beaucoup moins sûr) vers Mars. Artemis 2 reprend le principe de la mission Apollo 8 de 1968 : le vaisseau spatial orbitera autour de la Lune, les astronautes ne marcheront pas sur la Lune. L'équipage comprend une femme, un Canadien et un Afro-américain.
Les astronautes d'Artémis 2. Dans le sens des aiguilles d'une montre : Christina Koch, Victor J. Glover, Jeremy Hansen et Gregory Reid Wiseman.
“Earthrise” (lever de Terre), photographie prise par l'astronaute William Anders à bord du vaisseau spatial Apollo 8 le 24 décembre 1968. C'était la première photographie de la Terre prise dans son ensemble depuis le point de vue d'un autre astre. Apollo 8 était le premier engin spatial habité placé en orbite lunaire. La surface de la Lune apparaît au premier plan. La course à l'espace était un défi scientifique et technologique, mais aussi un effort très coûteux, entrepris pour des raisons géopolitiques. Dans le contexte de la Guerre froide, États-Unis et Union soviétique rivalisaient de prestige, et la technologie d'une fusée spatiale était plus ou moins identique à celle d'un missile intercontinental. De plus, les satellites de reconnaissance, de télécommunications et plus tard de géolocalisation allaient représenter un avantage décisif pour celui qui les détiendrait.
Terminales géopolitiques
Thème 1 – De nouveaux espaces de conquête
lundi 23 mars 2026
Océan et espace : quelles spécificités ?
Le défi des immensités océaniques. Vue d'un navire océanographique australien dans l'Océan Indien au nord des îles Kerguélen, dans les quarantièmes rugissants de l'hémisphère sud. La photo a été prise alors que le vent soufflait à plus de 60 nœuds, avec des creux de plus de dix mètres. (© Derya Gürer/CSIRO)
mercredi 25 mars 2026
De nouvelles frontières ?
Le capitaine Nemo, à bord du sous-marin Nautilus, contemple un calmar géant. Illustration tirée du roman de Jules Verne (1828-1905), Vingt mille lieues sous les mers, publié en 1870. Le héros de Verne n'est pas seulement un océanographe et un ingénieur de génie, on apprend aussi qu'il nourrit une haine inexorable contre l'Angleterre, dont il fracasse les vaisseaux avec acharnement. Nemo est un prince indien déchu, révolté contre l'impérialisme britannique. On retrouve la même critique de l'impérialisme anglais chez le géographe Élisée Reclus (1830-1905). Vingt mille lieues sous les mers est un roman géopolitique.
❑ VOIR l'émission de Jean-Christophe Victor vue en classe, « Cartographie des abysses », dans la série Le Dessous des cartes, mai 2012.
❑ VOIR le générique de la série télévisée Star Trek (1966) contemporaine de la course à la Lune : « reculer les frontières de l'infini et, au mépris du danger, avancer vers l'inconnu ».
❑ Des espaces longtemps inconnus, qui ont suscité le rêve et inspiré l’imagination. Cf. les romans de Jules Verne : De la Terre à la Lune et Autour de la Lune (1865), puis Vingt mille lieues sous les mers (1870), avec des intuitions remarquables : Verne imagine que l’obus lunaire est lancé de Floride (il sait que la situation en latitude de la Floride est optimale pour un hypothétique lancement, il pressent la puissance des États-Unis après la guerre de Sécession) ; Verne invente aussi le sous-marin océanique (électrique, aussi autonome que les sous-marins nucléaires à partir de la seconde moitié du XXe siècle).
❑ Le terme de « frontière » peut avoir plusieurs sens : la ligne de démarcation entre les territoires de deux États. Les géographes étendent la notion de frontière à l’espace qui est affecté par la proximité entre les deux territoires (ou plus). Mais c’est aussi, dans les représentations américaines, la limite mobile de la colonisation du continent (notion dynamique) par les pionniers. D’où le discours de John F. Kennedy sur la « nouvelle frontière » en 1960.
❑ En Russie, Constantin Tsiolkovski (1857-1935) a été le pionnier de la « cosmonautique ». Contrairement à Jules Verne, c’est un ingénieur qui réalise des fusées. En 1903, il publie un traité sur les engins propulsés par réaction. Il conçoit le principe de la fusée à plusieurs étages, et même une station spatiale. Ensuite, Serguei Korolev (1906-1966), ukrainien, devient le maître d’œuvre du programme des fusées soviétiques, que Staline conçoit avant tout comme des armes.
❑ En Allemagne, Wernher von Braun (1912-1977) devient l’ingénieur en chef du programme nazi de missiles balistiques au centre de Peenemünde sur la Baltique. Il crée la fusée V-2 (arme de représailles numéro 2), le premier missile balistique opérationnel de l’histoire, utilisé en 1944-45. Dès 1945, les Américains emmènent Von Braun aux États-Unis pour en faire le maître d’œuvre de leur programme de fusées. Von Braun accède à la célébrité en dirigeant le programme Apollo des vols habités vers la Lune. Le personnage de Von Braun, consacré par le succès, a été controversé en raison de son passé nazi (par exemple par le chansonnier Tom Lehrer en 1965).
❑ des connaissances de plus en plus importantes :
- on vient de le voir avec les exemples de Tsiolkovski, Korolev et Von Braun pour l’espace ;
- c’est vrai aussi des océans. Le Nautilus, 1er sous-marin à propulsion nucléaire résulte d’un programme lancé par l’amiral Rickover en 1950. Il est opérationnel en 1954. En 1960, le bathyscaphe Trieste atteint le fond de l’abîme Challenger dans la fosse des Mariannes (env. 11 km). Le Trieste est une réalisation de l’ingénieur et océanographe suisse Auguste Piccard (1884-1962). Dès 1953, le projet passe sous le contrôle de l’US Navy.
Photographie prise par la sonde Cassini-Huygens en orbite autour de Saturne le 19 juillet 2013. Cassini-Huygens est un projet euro-américain de la NASA et de l'European Space Agency. La Terre est alors à 1,44 milliards de km de la sonde. Photo © NASA/JPL.
Des domaines où les connaissances sont incomplètes ⇒ des enjeux scientifiques, de recherche, et de progrès technologique. Un progrès qui peut correspondre à la volonté de puissance, mais il peut aussi nous ramener à une forme d’humilité : l’image de la Terre prise en 2013 depuis Saturne par la sonde Cassini-Huygens, donne une impression de fragilité. La Terre est une petite planète perdue dans l’immensité de l’espace. De même dans le domaine océanique, en 2023, un sous-marin explorant l’épave du Titanic (coulé en 1913), en avait rapporté des clichés impressionnant, avant de disparaître par implosion. Image d’un exploit technique et du danger inhérent à de telles expéditions.
Les enjeux géopolitiques sont donc considérables :
- de connaissance, puisque l’exploration permet d’expérimenter, de découvrir de nouveaux problèmes ( le rayonnement cosmique).
- stratégiques, puisque les océans et l’espace ouvrent de nouvelles perspectives aux militaires (missiles balistiques, sous-marins à propulsion atomique). 1960 : mise en service du missile Polaris américain, porté par des sous-marins nucléaires.
Un des premiers tirs du missile balistique Trident. Le missile retombe sur le sous-marin lanceur, le USS Tennessee, le 21 mars 1989 au risque de le détruire (ce ne fut heureusement pas le cas). Ça ne marche donc pas à tous les coups. Photo : US Navy. Le Trident II est depuis lors devenu très fiable, ce qui est nécessaire à la crédibilité de la dissuasion des États-Unis et du Royaume-Uni qui l'utilisent. Un tel essai coûterait entre 20 et 30 millions de dollars.